Congrès International d’Art-thérapie – Rencontre avec l’intervenante Angélique Franchaud

À l’approche du Congrès International d’Art-thérapie, Art-thérapie Actu est allé à la rencontre de l’art-thérapeute, Angélique Franchaud, qui ouvrira le bal le 26 Novembre au Centre de congrès Vinci de Tours.

Art-thérapie Actu : Pourquoi avez-vous choisi la profession d’art-thérapeute, et plus particulièrement celle d’art-thérapeute moderne ?

Angélique Franchaud : J’ai découvert l’art-thérapie alors que j’étais étudiante à l’école des Beaux arts. J’étais donc une jeune plasticienne qui expérimentait les pouvoirs de l’art tout en m’intéressant de près à l’utilisation des arts plastiques pour aider à lutter contre les difficultés d’expression, de communication et de relation. A l’époque on ne parlait pas encore d’art-thérapie moderne mais j’avais déjà compris qu’il existait plusieurs manières d’envisager l’art-thérapie.

Aujourd’hui je ne regrette pas ce choix. L’art-thérapie moderne apporte une originalité et a toute sa place au sein d’une équipe pluridisciplinaire. Il s’agit d’une des seules disciplines qui permet d’exploiter et de valoriser la partie saine* de la personne à travers une pratique artistique.

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AtA : Pour les futurs art-thérapeutes qui nous lisent, pouvez-vous nous donner la qualité qui vous semble essentielle pour embrasser cette profession ?

AF : Plusieurs qualités sont essentielles. Pour commencer, il me semble que l’inventivité est primordiale, dans le sens où elle permet de s’adapter à toutes les situations.

L’humilité et la curiosité me paraissent également importantes. En effet, il est indispensable de se remettre régulièrement en question et de maintenir l’envie d’approfondir ses connaissances.

Enfin, on me dit souvent que je suis optimiste et je crois que c’est une qualité essentielle pour exercer la profession d’art-thérapeute. Il me paraît en effet fondamental de croire dans le potentiel artistique des personnes, mais aussi dans leur potentiel de guérison.

 

AtA : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours en tant qu’art-thérapeute ?

AF : J’ai obtenu mon diplôme universitaire d’art-thérapie de la faculté de médecine de Tours en 2011. Quelques mois plus tard, j’ai eu la chance de rencontrer une équipe qui m’a fait confiance. C’est donc bien entourée par une équipe pluridisciplinaire qui était convaincue par les bienfaits de l’art-thérapie, que j’ai pu faire mes preuves. Je travaille au sein de cette clinique psychiatrique depuis 4 ans et demi, auprès de patients adultes, souffrant de troubles psychiatriques tels que la dépression, la bipolarité, les addictions, la psychose…

Auparavant, j’avais pu découvrir la profession grâce à deux art-thérapeutes auprès de qui j’ai fait des stages, l’un en psychiatrie adulte, l’autre en rééducation fonctionnelle. J’avais pu prendre suffisamment d’assurance pour proposer des ateliers d’art-thérapie à des femmes victimes de violences conjugales et leur enfants pendant mon stage de DU.

 

AtA : Vous serez présente au congrès. Rappelez-nous le sujet de votre intervention.

AF : Pour le congrès, j’ai cherché à définir l’émotion esthétique, à donner les particularités de l’émotion en art-thérapie et à démontrer ses bénéfices dans l’accompagnement des patients souffrant de dépression. Je vais aussi évoquer l’utilisation de l’évaluation et de l’auto-évaluation en tant que processeurs thérapeutiques.

Les patients dépressifs se plaignent majoritairement de l’absence d’envie et du goût de faire les choses, mais aussi d’ennui, qui n’est autre qu’une des conséquences de l’absence d’envie. L’enjeu est alors de les aider à retrouver ce goût de faire les choses et c’est là que l’art-thérapie peut-être bénéfique.

Les doutes des patients lors de la première rencontre sont fréquents : « mais je ne sais rien faire », « je ne suis pas une artiste ». Mais là n’est pas la question ! Les premières séances suffisent à les rassurer quant à leurs capacités d’expression et l’absence de toute notion de performance. Si l’objectif n’est pas que les patients deviennent des artistes, cette notion de performance les inquiète. Et c’est grâce aux gratifications sensorielles** apportées par l’émotion esthétique que le lâcher-prise est possible.

Il y a quelques jours, une patiente a conclu sa séance en me disant « j’ai envie d’y arriver », ce qui montre bien l’impact positif de l’émotion esthétique. Ce mécanisme qui donne naissance et maintient la boucle de renforcement est un outil original et particulièrement intéressant pour l’accompagnement des patients souffrant de dépression.

 

AtA : Avez-vous des projets pour la suite ? Si oui, lesquels ?

AF : De nouveaux projets sont en cours. Depuis quelques semaines, je propose des séances d’art-thérapie au sein d’un hôpital de jour. La préparation de ce projet a été l’occasion de réfléchir à de nouvelles manières de proposer l’art-thérapie.

En effet, le rythme imposé par l’hospitalisation de jour, avec des aller-retours entre le domicile et la clinique, m’a donné l’idée de proposer aux patients de travailler sur un carnet. Il s’agit d’un outil intéressant qui permet à la personne de disposer d’un support d’expression qui puisse aussi être utilisé à la maison. Les séances d’art-thérapie sont alors l’occasion de revigorer la confiance, de stimuler l’imaginaire, de donner au patient l’envie et les moyens de continuer à s’exprimer à domicile et d’y prendre du plaisir.

Par ailleurs, je travaille également à la mise en place d’un atelier d’art-thérapie à dominante photo.

Ces ateliers récents induisent de nouveaux questionnements auxquels j’aimerai apporter des réponses…

Art-thérapie Actu remercie Angélique Franchaud pour le temps qu’elle a consacré pour répondre à nos questions. Nous espérons que cet échange permettra aux étudiants en art-thérapie de mieux entrevoir leur futur profession et qu’il donnera à tous une idée de l’art-thérapie auprès de personnes souffrant de dépression. Pour en savoir plus sur les recherches d’Angélique Franchaud, rendez-vous bien évidement au Congrès International d’Art-thérapie !

 

*Partie saine : ce qui fonctionne dans ou hors de la pénalité d’un patient. L’art-thérapie moderne tend à développer cette partie. Réf. Petit Dictionnaire raisonné de l’Art en Médecine
**Gratification sensorielle : plaisir éprouvé à la satisfaction d’un besoin. Réaction à une sensation agréable entrainant des savoirs agréables et de nouvelles saveurs. Réf. Tout savoir sur l’art-thérapie de R.Forestier

 

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